vendredi, 14 décembre 2007

Lettre à un œil

Cher Œil,

Je t’écris depuis le fond de mon lit, je sais où je suis, quant à toi perdu dans ton visage inconnu, je n’ai pas d’endroit où t’endormir, là où tu baisses la paupière, là où tu es la prière d’un corps près duquel tu t’endors.
Bel Œil comme une île noyée dans le décor de mes pensées, ton double à la symétrie de ton talent, ton nez ta bouche manquants me défiant d’initier l’esquisse de ta beauté, tes joues ton front absents se fondant dans le soupçon d’une arcade princière venue d’hier… Tu chevauches mon âme, la trame de mon histoire, le drame à l’envers de tous ces mots qui me hantent.
Je souris Oeil de la photo prise à l’heure, parce que l’essentiel est d’être dans son temps, celui que l’on capture aux traces sauvages de l’existence comme autant de claques qui font des clics, qui font déclic de larmes de pluie de rire et de bonheur.
Œil, toi qui me lis et me connais par cœur, tu brilles quelque part dans mon ordinateur mais encore bien ailleurs. Sur la rétine de l’étincelle, celle qui s’illumine de mille feux, les soirs de fête et des adieux. Mais pas seulement.

Je ne suis pas longue ce soir à dire tous les fourmillements d’impressions qui m’habitent. Je suis trop tôt sur l’horloge de tout ce qui m’envahit. Mais je voulais que tu saches combien tu m’as touchée et que, bien que ne me voyant pas, tu me regardes au fond de moi…Où n’est-ce que moi…Alors c’est déjà ça…

A bientôt, au détour de quelques unes de tes photos ou à la porte entrouverte sur mes mots.

Aslé,

p.s : ( pensées surréalistes )

dimanche, 02 décembre 2007

et qu'oeil !

l’œil de l’igloo
qui partage tout
le calme et les remous

l’œil de tes yeux
qui vit de nous deux
heureux ou malheureux

l’œil de l’amour
qui crie au secours
les tempêtes d’un jour
l’œil du clone
qui nous étonne
de notre personne
l’œil de mon œil
qui ne craint l’écueil
de quelque mise en deuil
l’œil aux abois
qui court hors la loi
la nuit dans les sous-bois

l’œil de la vie
qui pleure et qui rit
les cils en nostalgie
l’œil du présent
qui marche élégant
sur les rails du néant

l’œil de l’horreur
qui ceint la douleur
d’un peuple qui se meurt

l’œil de l’union
qui file en coton
les gaz nauséabonds

l’œil de nos mots
qui est le berceau
des moches et des plus beaux
l’œil sans race
qui va sans trace
comme un essuie-glace

l’œil avec faim
qui fait le malin
au milieu d’un festin

l’œil d’un regard
qui prend au hasard
le train entre deux gares

l’œil du milieu
qui joue au mafieux
et force les adieux

l’œil de l’ange
qui nous démange
de sa force étrange
l’œil de partout
qui se glisse en nous
pour aller jusqu’au bout

vendredi, 16 novembre 2007

La voix d’Aslé

elle a dit regarde moi
alors je l’ai regardée
elle a dit écoute moi
alors je l’ai écoutée
elle a dit embrasse moi
alors je l’ai embrassée
elle a dit pas sur la joue
alors j’ai fermé les yeux

et peu… j’ai vu tout en bleu

c’est pas bien
les affiches sur les murs

elle a dit touche moi
alors je l’ai touchée
elle a dit pas du bout des doigts
alors j’ai plongé

et pan… j’ai vu tout en blanc

c’est nul
les écrans tactiles

elle a dit viens avec moi
alors je l’ai suivie
elle a dit dépêche toi
alors j’ai couru
elle a dit tu as vu
la superbe belle grue

et bouge… j’ai vu tout en rouge

c’est môche
les chiens sur les trottoirs

elle a dit détends toi
alors je me suis détendue
elle a dit allonge toi
alors je me suis allongée
elle a dit ne pense pas
alors j’ai dit comment je fais
et elle a dit c’est simple
je vais me taire

et croire… j’ai vu tout en noir

c’est plein d’évidence
les voix parfois

ALORS ELLE S’EST TUE

[…]

elle n’a pas dit regarde moi
elle n’a pas dit écoute moi
elle n’a pas dit embrasse moi
elle n’a pas dit touche moi
elle n’a pas dit dépêche toi
elle n’a pas vu la grue non plus
les gens qui couraient dans la rue
l’affiche bleue de la femme nue
non elle n’a rien vu
de tout ce qui a disparu
alors j’ai marché comme j’ai pu
en écoutant seuls mes pieds nus
s’écorcher au son d’un mal entendu
et puis une fois le soir venu
devant la vitrine de tous les invendus
j’ai embrassé mon pauvre regard perdu
les yeux tournés dans mon corps inconnu
j’ai compris que la voix ne reviendrait plus

[…]

samedi, 03 novembre 2007

"les vents de l'inspire"

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jeudi, 18 octobre 2007

la moitié de dix-huit

morsures et déchirures
je panse décompense
le feu qui brûle et dure
sous l’ombre d’une danse

je décime en fée blanche
le dessein de mon ventre
mort fine en avalanche
c’est le neuf que je rentre

le tour du coup disparu
en l’horreur d’un fond déteint
les images sont cohue
je signerai à demain

la musique à la tête
je compte les bips à mort
je serai toujours prête
pour trouver tous les accords

de la nuit où est le jour ?
quand les heures s’attardent
à disparaître au retour
de cette humeur blafarde

la gare du silence
et passe l’oiseau de feu
s’il te plaît une chance
de vivre mon corps heureux

tombe la paupière
sous les poussières du rail
je vis une poudrière
et cela fera un bail

sous le pont de l’arcade
le regard en péniche
je repeins les façades
de ces usines en friche

la grue est invisible
je compte les secondes
du temps irréversible
à me défaire du monde

j’hallucine en cortège
le sourire en débauche
bouchon de cidre en liège
tout au fond de ma poche

tout tourne du mal enfuit
car je suis posée en braise
sûrement très loin d’ici
dans tes deux bras à l’aise
reposant du calme ami
dans les mots qui se taisent
au souffle de notre vie


il n’y aura pas de fin

que celle que tu veux bien

samedi, 13 octobre 2007

Lettre à lettre

Lettre à un cœur
Toi qui bats troglodyte
Dans l’ombre du granit
Je crois que tu t’effrites
Dans cette prison maudite

Lettre à une prison
Toi qui mures l’interdit
Dans la cage des punis
Je crois que tu t’ennuies
Dans cette larve de vie

Lettre à une vie
Toi qui suis sans raison
Tout le temps des solutions
Je crois que tu es dans l’abandon
De l’ordre des passions

Lettre à une passion
Toi qui m’empoisonnes
Dans le fond de ma personne
Je veux que tu me pardonnes
De mon obsession qui déraisonne

Lettre à une raison
Toi qui te dis lassitude
Dans l’étalement de l’habitude
Je veux la réponse prude
De ta réelle attitude

Lettre à une attitude
Toi qui te dresses fière
Dans le savoir des lumières
Je veux plus que la prière
De ta lettre toute entière

Lettre à une lettre
Toi qui n’en finis pas
De murmurer tout bas
Je veux que tu sois là
Quand la matière est sans état

Lettre à un état
Toi qui me fuis le jour
Laissant le soupçon du retour
Je me suspends au fil de l’amour
Avec le vide autour

Lettre à un vide
Toi qui te dis timide
Sous mes pas implacides
tu te cribles de rides
A me serrer la bride

Lettre à un cheval
Je n’ai plus rien à dire
Que la force de l’avenir
Et les vaches peuvent bien mugir
Je prends le train du rire

Lettre à un rire
Car il faut bien finir
Et le clown applaudir
De blanche à rougir
Sa trompette à soupirs

Lettre à un soupir…

Enfin

samedi, 21 juillet 2007

Dans les yeux du chat

Je voudrais être un chat
Ton chat peut-être
Et te regarder du bord de la fenêtre


Le chat en avait vues plus d’une
Se trémousser sous la Lune
Mais celle-là c’était la sienne
Elle, cachée derrière les persiennes
Simplement vêtue de son corps
Avec autour du cou un collier d’or

Il faisait pourtant si sombre
Nul n’aurait pu apercevoir l’ombre
Seul le chat louvoyant de désir
Dans la noire caresse de son œil mire
Seul le chat pouvait croquer la souris
Elle était si belle en fleur de nuit
Son ombre offerte d’un incendie
Les étoiles les étoiles toutes…oui

Le félin brûlait des yeux d’emporter
Dans ses bras la douce dévoilée
Alors bondissant de n’en pouvoir plus
Il la couvrit de miaulements sans retenue

…il n’y a plus de chat aux persiennes
Seules les flammes qui sont les siennes…

Le chat se fit souris
La souris se fit chat
Le chat se fit amie
La souris se fit toi

Et c’est ainsi

Le chat noir épousant la souris blanche
Que naquirent des milliers d’éléphants